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Constructions géométriques complexes en 5e

Hélène Marvier · 14 min
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Constructions géométriques complexes en 5e

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Constructions géométriques complexes en 5e — PDF gratuit

1. Introduction et problématique

Situation-problème : on te demande de construire une figure en plusieurs étapes : tracer un segment AB de 6 cm, construire en A un angle de 50°, placer C sur le côté de l’angle avec AC = 4 cm, puis tracer par C la parallèle à (AB) et par B la parallèle à (AC). Leur point d’intersection s’appelle D. La figure obtenue doit être précise, mais il faut aussi expliquer pourquoi ABCD est un parallélogramme. Cette situation est typique des constructions géométriques complexes en 5e : il ne suffit pas de savoir tracer un segment ou mesurer un angle séparément, il faut enchaîner des instructions dans le bon ordre, choisir le bon instrument et justifier la démarche.

Une construction complexe ressemble à une recette mathématique. Si une étape est oubliée, inversée ou mal comprise, la figure finale risque d’être fausse. Par exemple, tracer une parallèle avant d’avoir placé le bon point n’a pas de sens. De même, utiliser la règle graduée pour « reporter » une longueur peut créer des erreurs, alors que le compas permet de conserver exactement l’écartement choisi.

L’objectif de cette leçon est donc de savoir lire un programme de construction, repérer les données importantes, choisir les instruments adaptés, réaliser les tracés avec précision, puis rédiger une justification courte mais correcte. Cette compétence est centrale au cycle 4 : elle mobilise la géométrie plane, le raisonnement, la communication mathématique et la précision des gestes.

2. Définition

Définition : Un programme de construction est une suite d’instructions précises et ordonnées qui permet de réaliser une figure géométrique. Une construction géométrique complexe est une construction qui nécessite plusieurs étapes et plusieurs instruments : règle, compas, équerre, rapporteur. Elle peut aussi demander de justifier la figure obtenue à l’aide de propriétés géométriques.

Dans un programme de construction, chaque mot compte. Les verbes « tracer », « placer », « construire », « reporter », « mesurer », « nommer » n’ont pas exactement le même rôle. Tracer signifie dessiner une droite, un segment, une demi-droite ou un cercle. Placer signifie déterminer la position d’un point. Reporter une longueur signifie utiliser le compas pour reproduire exactement une distance déjà connue. Construire un angle signifie utiliser le rapporteur à partir d’un sommet et d’un côté de départ.

On distingue souvent les données et les contraintes. Les données sont les éléments fournis au départ : une longueur AB = 6 cm, un angle de 50°, deux points A et B, une droite (d). Les contraintes sont les conditions à respecter : « C appartient à la demi-droite », « (CD) est parallèle à (AB) », « E est le milieu de [AB] », « le triangle ABC est isocèle en A ».

Une bonne construction complexe suit donc trois temps : je repère, j’applique, je vérifie. Je repère les informations utiles dans l’énoncé. J’applique les gestes avec le bon instrument. Je vérifie les mesures, les alignements, les parallélismes, les perpendicularités et les justifications attendues.

3. Propriétés et théorèmes

Théorème : Dans un triangle, la somme des mesures des trois angles est égale à 180°. Ainsi, si deux angles d’un triangle sont connus, on peut calculer le troisième.
Propriété : Dans un parallélogramme, les côtés opposés sont parallèles deux à deux et de même longueur. Réciproquement, si un quadrilatère a ses côtés opposés parallèles deux à deux, alors c’est un parallélogramme.
Propriété : Les points situés à une distance donnée d’un point O appartiennent au cercle de centre O et de rayon cette distance. Cette propriété permet de placer un point avec le compas.

Ces propriétés sont très utiles dans les constructions complexes. Elles permettent de passer du tracé au raisonnement. Par exemple, si tu construis par C la parallèle à (AB) et par B la parallèle à (AC), alors leur intersection D donne un quadrilatère ABCD dont les côtés opposés sont parallèles. On peut donc justifier que ABCD est un parallélogramme.

Pour construire avec rigueur, il faut associer chaque action à un instrument. La règle sert à tracer des droites, des segments et des demi-droites. La règle graduée sert à mesurer une longueur, mais le compas est préférable pour reporter une longueur. L’équerre sert à tracer une perpendiculaire et, avec la règle, une parallèle. Le rapporteur sert à mesurer ou construire un angle. Le crayon doit être bien taillé, les traits de construction doivent rester légers et les points doivent être nommés clairement.

4. Démonstration

Montrons pourquoi une construction peut être justifiée à partir des propriétés utilisées. On veut construire un parallélogramme ABCD à partir de trois points A, B et C non alignés. On trace d’abord la droite passant par C parallèle à (AB). Puis on trace la droite passant par B parallèle à (AC). Ces deux droites se coupent en D.

Par construction, la droite (CD) est parallèle à la droite (AB), puisque D appartient à la parallèle à (AB) passant par C. De même, la droite (BD) est parallèle à la droite (AC), puisque D appartient à la parallèle à (AC) passant par B. Le quadrilatère ABCD possède donc deux paires de côtés opposés parallèles : (AB) ∥ (CD) et (AC) ∥ (BD). Or, si un quadrilatère a ses côtés opposés parallèles deux à deux, alors c’est un parallélogramme. Donc ABCD est un parallélogramme.

Cette démonstration montre une idée importante : la justification ne consiste pas à dire « on voit que » ou « ça ressemble à ». En mathématiques, on doit citer une propriété précise et l’appliquer à la figure construite. On peut écrire : « Par construction, (CD) est parallèle à (AB) et (BD) est parallèle à (AC). Or un quadrilatère dont les côtés opposés sont parallèles deux à deux est un parallélogramme. Donc ABCD est un parallélogramme. »

Dans d’autres figures, la justification peut s’appuyer sur la somme des angles d’un triangle, sur les propriétés des médiatrices, sur les propriétés du cercle ou sur les propriétés des triangles particuliers. Le plus important est de relier le geste de construction à une propriété géométrique adaptée.

5. Méthode pas à pas

  1. Lire toute la consigne avant de tracer. Ne commence pas dès la première phrase. Une information située à la fin peut modifier l’ordre des étapes ou le choix du point à construire.
  2. Souligner les données. Repère les longueurs, les angles, les noms des points, les droites parallèles ou perpendiculaires, les milieux, les cercles et les contraintes.
  3. Numéroter les étapes. Transforme l’énoncé en programme clair : 1, 2, 3, 4. Si l’ordre est donné, respecte-le. Sinon, choisis un ordre logique.
  4. Choisir le bon instrument. Règle pour tracer, compas pour reporter une longueur, rapporteur pour construire un angle, équerre pour tracer une perpendiculaire ou une parallèle.
  5. Tracer légèrement les éléments de construction. Les arcs de cercle, droites d’aide et repères doivent rester visibles mais discrets. Ils peuvent servir à expliquer la démarche.
  6. Nommer les points immédiatement. Dès qu’un point est construit, écris sa lettre. Cela évite les confusions entre C, D, E ou entre plusieurs intersections.
  7. Contrôler chaque mesure. Vérifie AB = 6 cm, AC = 4 cm, l’angle de 50°, le parallélisme ou la perpendicularité. Un petit écart au début peut déformer toute la figure.
  8. Rédiger une justification. Utilise des phrases courtes : « Par construction… », « Or… », « Donc… ». Cite la propriété utilisée.

La routine à retenir est : Je repère / J’applique / Je vérifie. Je repère toutes les données ; j’applique la bonne technique avec le bon instrument ; je vérifie la précision et je justifie.

6. Exemple résolu 1 — cas direct

Énoncé : Construire un triangle ABC tel que AB = 7 cm, AC = 5 cm et l’angle BAC = 60°.

Analyse : On connaît deux longueurs issues du même point A et l’angle compris entre ces deux côtés. On peut donc commencer par tracer [AB], puis construire l’angle en A, puis reporter la longueur AC au compas.

Construction : On trace le segment [AB] de longueur 7 cm. On place le rapporteur en A : le centre du rapporteur est sur A et le zéro est aligné avec la demi-droite [AB). On marque la graduation 60° et on trace la demi-droite correspondante. Ensuite, avec le compas, on prend une ouverture de 5 cm. On place la pointe du compas en A et on trace un arc qui coupe la demi-droite. Le point d’intersection est C. On trace enfin le segment [BC].

Vérification : On mesure AB : on doit trouver 7 cm. On mesure AC : on doit trouver 5 cm. On mesure l’angle BAC : on doit trouver 60°. Si les trois données sont respectées, la construction est correcte.

Justification : Par construction, AB = 7 cm. Le rapporteur a permis de construire un angle BAC de 60°. Le compas a permis de placer C à 5 cm de A, donc AC = 5 cm. Le triangle ABC respecte donc les conditions demandées.

7. Exemple résolu 2 — cas inverse

Énoncé : On a construit un triangle ABC tel que AB = 6 cm, AC = 4 cm et l’angle ABC = 70°. On sait que l’angle ACB mesure 45°. Déterminer la mesure de l’angle BAC, puis expliquer comment vérifier la figure.

Analyse : Ici, on ne construit pas seulement : on utilise une propriété pour retrouver une information manquante. Dans un triangle, la somme des angles vaut 180°. On connaît deux angles : ABC = 70° et ACB = 45°.

Calcul : BAC = 180° − 70° − 45° = 65°. L’angle BAC doit donc mesurer 65°.

Vérification de la construction : On place le rapporteur au sommet A, en alignant correctement le zéro avec un côté de l’angle. On mesure l’ouverture entre [AB] et [AC]. Si on lit environ 65°, alors les angles sont cohérents avec la propriété de la somme des angles d’un triangle.

Justification : Dans le triangle ABC, la somme des mesures des trois angles est égale à 180°. Comme ABC = 70° et ACB = 45°, on obtient BAC = 180° − 70° − 45° = 65°. Cette valeur permet de contrôler la figure et de repérer une éventuelle erreur de construction.

Ce cas inverse est fréquent : on te donne une figure ou une construction partielle, puis on te demande de retrouver une mesure ou de vérifier si la figure peut être correcte. Il faut alors passer du dessin au raisonnement.

8. Exemple résolu 3 — problème concret

Énoncé : Un jardinier veut installer une parcelle en forme de parallélogramme ABCD. Il plante deux piquets A et B distants de 8 m. À partir de A, il veut placer C à 5 m en formant un angle de 55° avec [AB]. Il doit ensuite placer D pour obtenir un parallélogramme. Représenter la parcelle à l’échelle 1 cm pour 1 m.

Analyse : À l’échelle, AB mesure 8 cm et AC mesure 5 cm. Il faut construire l’angle BAC = 55°, placer C, puis tracer deux parallèles pour obtenir D.

Construction : On trace [AB] = 8 cm. Avec le rapporteur, on construit en A un angle de 55° ayant [AB) comme côté de départ. On trace la demi-droite correspondante. Avec le compas réglé à 5 cm, on place C sur cette demi-droite afin que AC = 5 cm. Ensuite, avec la règle et l’équerre, on trace par C la parallèle à (AB). Puis on trace par B la parallèle à (AC). Les deux parallèles se coupent en D. On trace les côtés [CD] et [BD].

Justification : Par construction, (CD) est parallèle à (AB), et (BD) est parallèle à (AC). Le quadrilatère ABCD a donc ses côtés opposés parallèles deux à deux. Or un quadrilatère dont les côtés opposés sont parallèles deux à deux est un parallélogramme. Donc la parcelle ABCD est bien un parallélogramme.

Contrôle : Dans un parallélogramme, les côtés opposés sont de même longueur. On peut donc vérifier que CD ≈ 8 cm et BD ≈ 5 cm sur le dessin. Si ce n’est pas le cas, il faut contrôler les parallèles et les mesures initiales.

9. Erreurs classiques à éviter

  • Erreur : Commencer la construction sans lire toute la consigne — À faire : lire l’énoncé en entier, entourer les données et numéroter les étapes avant tout tracé.
  • Erreur : Reporter une longueur avec la règle graduée de façon approximative — À faire : utiliser le compas pour conserver exactement la même ouverture.
  • Erreur : Construire un angle avec le rapporteur mal placé — À faire : placer le centre du rapporteur sur le sommet, aligner le zéro sur le côté de départ et lire la bonne graduation.
  • Erreur : Tracer une parallèle à vue d’œil — À faire : utiliser la méthode règle-équerre et identifier clairement la droite de référence.
  • Erreur : Confondre perpendiculaire et parallèle — À faire : se rappeler qu’une perpendiculaire forme un angle droit de 90°, alors que des parallèles ne se coupent pas.
  • Erreur : Oublier de nommer les points — À faire : écrire les lettres dès que les points sont construits, surtout pour les intersections.
  • Erreur : Écrire une justification vague comme « c’est bon car on le voit » — À faire : citer une propriété : « Dans un parallélogramme, les côtés opposés sont parallèles. »

10. À retenir

  • Un programme de construction est une suite d’instructions précises et ordonnées.
  • Une construction complexe demande souvent plusieurs instruments : règle, compas, équerre, rapporteur.
  • Pour reporter une longueur, on utilise le compas, car il conserve une ouverture.
  • Pour construire un angle, on utilise le rapporteur en plaçant correctement le centre, le côté de départ et la graduation.
  • Pour tracer une parallèle ou une perpendiculaire, on utilise l’équerre, souvent avec la règle.
  • Il faut lire toute la consigne avant de commencer et repérer les contraintes finales.
  • Une figure précise ne suffit pas : il faut savoir justifier avec une propriété géométrique.
  • Les phrases utiles sont : « Par construction… », « Or… », « Donc… ».
  • Dans un triangle, la somme des angles est égale à 180°.
  • Un quadrilatère dont les côtés opposés sont parallèles deux à deux est un parallélogramme.

11. Exercices d'application

Télécharger la fiche d’exercices PDF : constructions géométriques complexes en 5e. Les exercices proposés permettent de s’entraîner progressivement : choisir le bon instrument, analyser des consignes, remettre un programme de construction en ordre, écrire un programme de construction, construire une figure et justifier la démarche.

Aperçu des types d’exercices : dans un premier exercice, il faut associer chaque action à son instrument : reporter une longueur, tracer une perpendiculaire, mesurer un angle, construire une parallèle. Dans un deuxième exercice, il faut lire un énoncé et souligner les données utiles. Dans un troisième exercice, les étapes d’un programme sont mélangées et doivent être remises dans l’ordre logique. Dans un quatrième exercice, il faut écrire soi-même un programme à partir d’une figure. Dans un dernier exercice, il faut réaliser une construction complète et rédiger une justification.

Barème possible sur 20 points : lecture et compréhension des consignes : 4 points ; choix correct des instruments : 4 points ; précision des tracés et respect des mesures : 5 points ; ordre logique des étapes : 4 points ; justifications géométriques rédigées : 3 points.

Pour réussir ces exercices, il est conseillé de travailler lentement et proprement. Une construction géométrique n’est pas une course : la précision des gestes et la clarté du raisonnement comptent autant que le résultat final.

12. Questions fréquentes

Pourquoi faut-il lire toute la consigne avant de construire ?

Parce qu’une étape finale peut imposer un choix dès le début. Par exemple, si l’on doit construire ensuite un parallélogramme, il faut prévoir les parallèles à tracer et placer les points dans un ordre logique.

Quel instrument utiliser pour reporter une longueur ?

On utilise le compas. Il permet de conserver exactement la même ouverture et donc de reporter une longueur sans dépendre d’une lecture approximative sur la règle graduée.

Comment placer le quatrième sommet d’un parallélogramme ?

On peut tracer deux parallèles : par un point, la parallèle à un côté, et par un autre point, la parallèle à l’autre côté. Leur intersection donne le quatrième sommet du parallélogramme.

Comment vérifier un angle manquant dans un triangle ?

On utilise la propriété suivante : la somme des trois angles d’un triangle est égale à 180°. Si deux angles sont connus, on soustrait leurs mesures à 180° pour obtenir le troisième.

Que doit contenir une bonne justification ?

Elle doit citer une propriété précise et l’appliquer à la figure. Par exemple : « Dans un parallélogramme, les côtés opposés sont parallèles, donc (AD) est parallèle à (BC). »

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